Le piège à macros

« Mais quel enfoiré ce Tom, je lui faisais confiance et voilà qu’il me plante comme ça au milieu de nulle part. Mais qu’est-ce qu’il fout ! » Trois décades qu’il était parti  chercher la quantité de radon nécessaire à la réparation.

Autour de Glen, le paysage accidenté de Skrilla,  déclarée « planète hostile » par le Lab, s’étendait jusqu’aux confins des anneaux qui encerclaient l’astre. imagesMGNUGKF7Quelle déveine de s’être vautré là-dessus ! La combinaison de Glen avait perdu en étanchéité.  Il s’injecta une dose de kaliomine pour se réchauffer puis s’allongea dans le sarcophage de verre de sa  couchette. Il programma une séquence de rêves de 3 segments. De quoi se refaire une santé en attendant le retour de Tom.

A l’extérieur du Cosmocab, la nuit était lumineuse. Les astres voisins crachaient leur lumière noire comme autant de projecteurs sur Skrilla. Les macro commenceront à sortir dès que le jour rouge se lèvera. Durant sa séquence de songes, Glen les vit. A l’affût. Réveil en sursaut. Sueurs frontales, fourmillements dans les doigts. « Il faut que Tom revienne avant l’aube rouge. » A travers les larges vitres du Cosmocab, les yeux encore vitreux, Glen guettait les premières lueurs garance.

Leur trip ne devait durer que quelques lunes. Avec cette avarie, les décades passaient vraiment trop vite. L’expédition très fructueuse qui consistait en un aller-retour sur Syintja avec passage par Junistar s’était révélée extrêmement riche. Les habitants des deux super novas avaient bien évolué depuis leur dernière visite, moins de trois yearlings auparavant. Ils constituaient à présent une réserve naturelle de première importance. Les spécimens que Tom et lui ramenaient seraient appréciés de la communauté de Germinia. Il fallait juste que ce putain de Cosmocab les ramène rapidement à la maison, songait Glen.

Le récept que Glen portait au poignet transmettait la respiration et les pensées de Tom. Il palpitait normalement. Pas d’inquiétude à avoir. Tom signalait avoir trouvé le réservoir de radon et fait le plein. Tom était parti depuis plus d’une décade à présent. Glen commença à mâcher les six doses de pâte energétique qui lui permettraient de garder l’esprit clair. La fatigue commençait à se faire sentir. Plus douce, plus insidieuse, joueuse. Des arabesques flottaient devant lui, alternant couleurs et formes. Elles se mouvaient lentement, interprétaient ses pensées, se travestissaient, feignaient les êtres chers. Glen voyait Ulla à présent ; elle câlinait la petite Sonate en chatonnant une mélodie vieille comme la nuit des mondes. Accrochée dans son dos, l’enfant qui semblait dormir profondément, ouvrit brusquement les yeux et fixa … Glen secoua son bras ankylosé. Tom n’avait rien transmis depuis plus de 2 sous-segments. Il tapota le récept qui lui ceignait le bras, sans résultat. Les ondes étaient brouillées, hachées.

imagesB7YQUO2XDehors les lueurs rouges s’intensifiaient. A présent, Glen apercevait distinctement les cloques formées par les macro près à éclore. « Si Tom n’arrive pas d’ici les 10 prochains segments, on est mal barrés », pense-t-il.

A peine avait-il formulé son bref raisonnement qu’un groupe de macros s’agrippait à la vitre du cab. Les micro-ventouses de leur queue les maintenaient collés contre la paroi lisse. Les dents acérées des nouveaux nés cherchaient de quoi nourrir leur unique journée de vie. Les petits monstres se multipliaient à mesure que naissait le matin rouge de Skrilla. Le piège semblait se refermer sur l’expédition scientifique. Glen allongea le bras pour que l’arme infra de son majeur se déclenche. Il pulvérisa les assaillants.

Son récept se manifesta à nouveau. Tom. Tom était de retour, il le sentait, l’entendait, percevait la vibration de son souffle,  … « Putain de macros, jurait-il. Quelle cochonnerie ! » Tom apparut derrière le hublot arrière. Enragé, luttant contre les éphémères affamés, il consolidait la faille béante du cosmocab avec le radon en phase de solidification. La brèche se refermait. Ils étaient sauvés. Glen mis en route. Les rétroflacteurs démarrèrent au quart de tour. Restait à récupérer Tom dont le récept signalait la présence dans le sas de décompression. Le jour rouge était proche de son zenith : il fallait s’arracher rapidement de cette planète pourrie.

Tom surgit enfin dans la cabine, se grattant frénétiquement le torse, un rictus grimaçant sur la face. Un macro s’était glissé dans son scaphandre et lui commençait à lui dévorer le coeur …

 

 

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